Chapter One: The Flower That Learned to Speak

Chaque matin — si l'on pouvait appeler matin ce moment où l'obscurité entre les étoiles prenait une teinte légèrement moins profonde — Elio descendait jusqu'au bord est de l'astéroïde avec sa coquille de météorite creuse serrée contre la poitrine.

L'astéroïde n'était pas grand. Vingt-deux pas dans sa plus longue direction, onze dans la plus courte. Elio le savait parce qu'il l'avait mesuré, une fois, avec ses pieds nus sur le cristal froid. Les faces de la roche luisaient d'un reflet bleuté quand la lumière des étoiles lointaines les traversait en diagonale, et le sol craquait parfois sous ses talons comme de la glace fine sur un lac — sauf qu'il n'y avait pas de lac, et qu'Elio n'avait jamais vu de glace, et qu'il avait appris le mot dans la mémoire des étoiles mourantes qu'il observait chaque nuit.

Il collectait la poussière d'étoiles à l'endroit où le rebord cristallin formait une sorte de coupe naturelle, une concavité peu profonde que le vent cosmique remplissait lentement d'une fine poudre lumineuse. La poudre sentait quelque chose entre le métal et le silence. Il l'avait remarqué longtemps auparavant et n'avait jamais trouvé de mot meilleur que ça.

Il inclina la coquille de météorite. La poudre glissa dedans avec un murmure presque inaudible.

Presque.

Elio l'entendait toujours.

Il remonta vers le centre de l'astéroïde, où la roche se creusait légèrement, protégée sur trois côtés par des arêtes de cristal qui se dressaient comme des doigts ouverts. C'est là qu'elle vivait.

La fleur de phosphore n'était pas grande non plus. Trois pétales d'un blanc verdâtre qui n'étaient pas tout à fait blancs ni tout à fait verts, et une tige si fine qu'on aurait pu croire qu'elle se briserait au prochain souffle de particules solaires. Ses racines s'enfonçaient dans une fissure étroite du cristal, et elles y tenaient avec une obstination que rien n'expliquait vraiment. Elio s'était souvent demandé, dans ses moments les plus calmes, si c'était la fleur qui tenait à la roche, ou la roche qui tenait à la fleur.

Il s'agenouilla. Le cristal était froid sous ses genoux — il l'était toujours — et il versa doucement la poussière d'étoiles à la base de la tige. La poudre lumineuse se déposa sur le sol sombre, et aussitôt la fleur parut répondre : un léger renforcement de sa lueur, comme une respiration plus profonde.

Sa lumière était la seule horloge qu'Elio possédait. Quand elle pulsait lentement, régulièrement, comme maintenant, c'était le matin. Quand elle brillait d'un éclat soutenu et calme, c'était l'après-midi de l'espace, ce long plateau lumineux entre deux obscurités. Quand elle vacillait en rythmes courts, précipités, presque nerveux, c'était la nuit, et les vaisseaux perdus l'apercevaient parfois de loin et se réorientaient vers elle sans savoir ce qu'ils suivaient.

Elio savait. La fleur guidait. C'était son travail, et le sien était de veiller à ce qu'elle puisse continuer à le faire.

Il resta là un moment, les mains posées à plat sur ses cuisses, à la regarder. Elle sentait quelque chose de légèrement âcre, comme une allumette qu'on vient de gratter — non pas désagréable, mais vif, présent, une odeur qui rappelait à Elio qu'elle était vivante d'une façon que les étoiles ne l'étaient pas. Les étoiles brûlaient. La fleur, elle, respirait.

Du moins, il l'avait toujours cru.

Il se leva, s'étira, et leva les yeux comme il le faisait chaque matin pour vérifier l'état du soleil.

C'est alors qu'il entendit la voix.

Elle ne ressemblait pas à ce qu'il aurait imaginé si quelqu'un lui avait demandé d'imaginer la voix d'une fleur. Ce n'était pas un tintement, ni une mélodie. C'était quelque chose de plus proche d'un frémissement dans l'air, une légère distorsion dans le silence de l'espace — sauf qu'il n'y avait pas d'air, ici, et que le son s'était formé directement dans sa poitrine, comme si les mots avaient choisi de naître là plutôt que dans ses oreilles.

— Je ne peux pas rester là où l'on ne peut plus respirer.

Elio s'immobilisa.

Il ne bougea pas pendant très longtemps. Le cristal craquait légèrement sous ses pieds. Une particule de vent solaire passa en silence quelque part à sa gauche, laissant derrière elle une vague sensation d'électricité sur le bord de sa mâchoire.

Il connaissait le sens de ces mots. Il le connaissait dans son corps avant de le comprendre dans sa tête. Mais il n'avait encore jamais entendu la fleur parler — pas vraiment, pas comme ça. Il l'avait sentie. Il avait su, certains jours, qu'elle était inquiète, ou fatiguée, ou satisfaite. Mais c'était une connaissance sans langage, comme on sait que l'obscurité arrive sans avoir besoin qu'on vous le dise.

Ces mots, eux, avaient une forme. Ils avaient un poids.

Il se retourna lentement.

La fleur n'avait pas bougé. Ses trois pétales étaient exactement dans la même position qu'une minute auparavant. Mais sa lumière avait changé. Elle pulsait maintenant d'une façon irrégulière, légèrement haletante, et cette irrégularité dans le rythme qu'Elio connaissait mieux que son propre souffle lui fit serrer les doigts l'un contre l'autre.

— Je t'entends, dit-il.

Il dit cela à voix très basse, comme on parle à quelqu'un qui vient de dire une chose difficile et qu'on ne veut pas brusquer.

La fleur ne répondit pas. Mais sa lumière se stabilisa légèrement, comme si être entendue avait suffi pour l'instant.

Elio resta là encore un moment, les yeux fixés sur elle, puis il se souvint qu'il avait levé les yeux pour regarder le soleil. Il se retourna.

Il y avait regardé des milliers de fois. Le soleil était une présence constante sur sa gauche dans le ciel, une masse lumineuse qui réchauffait à peine l'air quasi inexistant au-dessus de la roche mais dont la lumière donnait aux facettes du cristal leurs reflets d'un bleu profond le matin et d'un orange pâle le soir. Elio l'avait toujours vu comme une chose permanente, la façon dont on perçoit les fondations d'une maison sans jamais les examiner.

Il l'examina maintenant.

Le soleil n'était pas or. Il n'était plus or depuis un moment, peut-être depuis longtemps, et Elio comprit avec une sensation étrange et froide qu'il n'avait jamais vraiment regardé, lui non plus. Il était d'une couleur blanche et légèrement mauve, comme la couleur qu'un bleu laisse en se retirant d'une peau, la couleur d'un bleu qui ne reviendra pas. C'était la couleur d'un ecchymose sur la face du ciel.

Elio connaissait les noms des étoiles mourantes. Il les avait appris dans les données des vaisseaux qui passaient la nuit, les fragments de transmission qu'il captait parfois dans la vibration du cristal. Il savait que les étoiles mouraient en plusieurs phases, et il connaissait les couleurs de ces phases. Il avait toujours pensé que ces connaissances concernaient d'autres systèmes, des endroits lointains dont les lumières mettaient des siècles à l'atteindre.

Il n'avait jamais appliqué ces mots au soleil qui chauffait ses épaules.

Il se rassit lentement sur le bord de l'arête cristalline, les genoux ramenés contre la poitrine, et il regarda le soleil blessé pendant ce qui dut être assez longtemps pour que la fleur recommence à pulser lentement, régulièrement, la façon dont elle pulsait quand elle attendait.

Il pensa à l'air. Il pensa que la fleur avait dit : là où l'on ne peut plus respirer. Il pensa à la façon dont sa lueur vacillait la nuit d'une façon de plus en plus brève, de moins en moins soutenue, depuis quelque temps. Il n'avait pas voulu penser à ce que cela signifiait. Les adultes, dans les transmissions qu'il captait, semblaient avoir une façon très développée de ne pas penser à ce que les choses signifiaient. Elio avait peut-être appris ça aussi, sans s'en rendre compte.

Il se leva.

Il y avait, dans la fissure centrale du cristal à l'endroit où la roche se divisait en deux lèvres serrées, une cavité à l'abri des vents de particules et de la radiation directe des étoiles voisines. Elio y gardait les quelques choses qu'il possédait : une seconde coquille de météorite plus petite, trois fragments de cristal d'une transparence particulièrement nette, et un morceau de gaze tissée dans les filaments de lumière qui se déposaient parfois sur le rebord est quand une nébuleuse passait assez près. La gaze était translucide et légère, et quand on la tendait vers une source lumineuse, elle capturait l'éclat sans l'étouffer.

Il la sortit avec soin.

La fleur ne dit rien pendant qu'il l'enveloppait. Ses pétales semblèrent se contracter légèrement au premier contact de la gaze, puis s'y résigner, puis presque s'y installer. Elio travailla lentement, avec les mains de quelqu'un qui ne veut pas faire de mal et sait qu'il en fait peut-être quand même. Il plia les bords de la gaze sous la base de la tige pour former une petite nacelle, et il la posa dans la fissure la plus profonde, là où le cristal était le plus froid et le plus dense, là où les parois se serraient de chaque côté comme deux paumes fermées sur quelque chose de précieux.

— Je reviens, dit-il.

Ce n'était pas une promesse faite avec légèreté. Elio n'avait jamais dit une chose à laquelle il ne croyait pas, parce qu'il n'avait personne à qui mentir et qu'il avait trouvé très tôt que le mensonge demandait un effort dont il ne voyait pas la récompense.

La fleur luisait dans l'obscurité de la fissure. Sa lumière frappait les parois du cristal de chaque côté et les faisait briller d'un reflet vert pâle, et l'ensemble ressemblait à quelque chose qu'Elio ne pouvait pas nommer parce qu'il n'avait pas le mot pour une chose aussi douce que ça.

Il s'éloigna.

Le bord est de l'astéroïde se terminait abruptement, comme presque tout sur cet astéroïde : sans annonce, sans transition, sans la politesse d'une pente douce. La roche s'arrêtait et l'espace commençait, et entre les deux il n'y avait rien du tout. Elio s'y tint debout un instant, les orteils à deux centimètres du vide, et il regarda le ciel.

Là-bas, à une distance que ses yeux ne pouvaient pas calculer mais que son corps reconnaissait comme proche dans la façon dont les choses proches émettent une sorte de chaleur distincte, une lumière voyageait. Elle était blanche et directionnelle et elle ne scintillait pas comme les étoiles fixes — elle se déplaçait avec la régularité d'une chose qui a un but, même si ce but lui était étranger.

Un vaisseau en transit. Elio ne savait pas d'où il venait ni où il allait. Ça n'avait pas d'importance. Ce qui importait, c'est qu'il bougeait, et qu'Elio avait besoin d'aller quelque part, et que le vide entre lui et cette lumière n'était pas plus grand que n'importe quelle autre distance qu'il n'avait jamais encore franchie.

Il sauta.

Non pas avec drama, non pas avec peur — avec la simple résolution d'un enfant qui a compris quelque chose et qui n'a pas encore appris qu'on peut très bien comprendre et ne rien faire. L'espace le reçut sans bruit. Derrière lui, sur l'astéroïde de cristal, la fleur de phosphore brillait dans sa fissure sombre, régulière et têtue, comme si elle guidait déjà quelque chose qui n'était pas encore tout à fait perdu.

Le soleil, à sa gauche, avait la couleur d'une vieille blessure.

Elio ne se retourna pas.

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Chapter One: The Flower That Learned to Speak — Le Petit Astronome et les Étoiles Oubliées | GenNovel