Chapter 1 — The Manuscript That Burned with Aramis's True Name

La lampe de bureau vacillait.

Ce n'était pas un phénomène rare dans les sous-sols des archives de la Sorbonne — les installations électriques du bâtiment dataient d'une époque où l'on considérait encore que les historiens n'avaient pas besoin de voir clairement pour travailler, conviction qui, à en juger par l'état de la plupart des thèses produites en ces lieux, n'était pas entièrement sans fondement. Mais ce soir-là, la vacillation avait quelque chose d'inhabituel : elle pulsait, comme si la lampe respirait, comme si l'ampoule elle-même hésitait entre deux mondes.

Étienne Valmont ne le remarqua pas. Il avait la mauvaise habitude de ne remarquer les phénomènes extraordinaires qu'après qu'ils l'avaient renversé.

Il était vingt-deux heures trente, le dix-sept mars, et Étienne était assis à la table numéro quatre de la salle de consultation des manuscrits rares — la même table qu'il occupait presque chaque soir depuis huit mois, depuis assez longtemps pour que le gardien de nuit, un homme trapu originaire de Lyon répondant au prénom de Marcel, lui laissât une tasse de café sans qu'on le lui demande. Ce soir, la tasse était froide depuis une heure. Étienne ne l'avait pas touchée. Il avait quelque chose de plus urgent entre les mains.

Plus urgent, et infiniment plus fragile.

Le manuscrit mesurait environ trente centimètres sur vingt, relié dans ce qui avait dû être du cuir de veau, désormais couleur de cendre et de temps perdu. Sur sa tranche, à l'encre brun-rouge que les conservateurs dataient du milieu du dix-septième siècle, quelqu'un avait griffonné une cote provisoire qui ne figurait dans aucun catalogue. La boîte dans laquelle on l'avait trouvé — égarée dans une réserve annexe, derrière trois caisses de pamphlets jansénistes et sous une toile d'araignée que Marcel avait qualifiée de monument historique à part entière — portait simplement l'indication : MATIÈRES DIVERSES. ORIGINE INCONNUE. NE PAS RÉPERTORIER.

C'était précisément ce genre d'instruction qu'Étienne avait passé ses vingt-huit années à ignorer.

Il tourna la couverture avec les deux pouces, portant des gants de coton blanc que sa directrice de thèse avait insisté pour lui faire porter malgré ses protestations — non par respect pour les procédures, avait-elle précisé avec une franchise qui lui était caractéristique, mais parce que la dernière fois qu'il avait manipulé un original sans gants, il avait laissé une empreinte digitale sur une lettre de Condé que le conservateur en chef avait failli ne jamais lui pardonner. La couverture s'ouvrit avec un craquement discret, le genre de son que font les vieilles choses quand elles acceptent d'être regardées.

Les premières pages étaient décevantes, ce qui était normal. La plupart des manuscrits rares réservaient leurs secrets à leur milieu, comme les bons romans. Il s'agissait de comptes, principalement — des listes de fournitures militaires, de rations, de soldes versées à des compagnies dont les noms ne lui disaient rien. Étienne prit des notes avec le stylo-bille qu'il gardait derrière l'oreille droite, reconstituant mentalement la structure logistique d'une campagne qu'il ne pouvait pas encore identifier. Sa thèse portait sur les réseaux de financement des compagnies franches sous Louis XIII — un sujet qui, il était le premier à l'admettre, ne déchaînait pas les passions lors des dîners, mais qui l'avait toujours fasciné pour la même raison qui le fascinait ce soir : derrière chaque liste de poudre et de mousquets se cachait l'architecture secrète d'une époque entière.

La lampe vacilla de nouveau.

Il tourna une page. Puis une autre. Les comptes cédèrent la place à ce qui ressemblait à un journal de marche, rédigé d'une écriture plus nerveuse, moins appliquée — l'écriture de quelqu'un qui note des événements au fil de leur déroulement plutôt que pour la postérité. Étienne se redressa légèrement sur sa chaise. C'était toujours meilleur signe que les comptes.

Le journal couvrait une campagne dans le nord, des escarmouches aux noms vaguement familiers, des portraits fragmentaires de compagnons dont on ne donnait que les prénoms ou les sobriquets. Et puis, au tournant d'une page que le temps avait rendue si fine qu'elle était presque translucide, Étienne rencontra quelque chose qui lui fit oublier son café, ses notes, et la question fondamentale de savoir s'il avait mangé ce soir.

Un nom.

Il était écrit en plus grandes lettres que le reste, comme si la main avait tremblé ou comme si l'auteur avait voulu le graver plutôt que le coucher sur le papier. Ce n'était pas un prénom d'emprunt. Ce n'était pas un surnom de campagne. C'était un nom complet, dans toute sa précision généalogique, suivi d'une formule que le latin approximatif de l'époque rendait à peu près ainsi : lui dont le vrai visage n'appartient ni à l'Église ni au monde, mais à ce qui vient après les deux.

Étienne le lut trois fois.

La quatrième fois, ses lèvres bougèrent sans bruit, parce que certaines choses doivent être prononcées pour être crues, même à voix basse, même dans le silence d'une salle d'archives à vingt-deux heures quarante-cinq.

Ce nom ne pouvait pas exister. Étienne en était certain avec la conviction tranquille que donnent cinq années de recherche spécialisée : ce nom appartenait à quelqu'un qui n'aurait jamais dû avoir un nom — quelqu'un que l'Histoire avait laissé dans l'ombre par conception, par nécessité, par accord tacite entre les siècles. L'apercevoir ainsi, exposé sur une page de manuscrit comme une veine d'or dans une paroi de granit, était proprement renversant.

Il tendit la main vers son stylo pour noter la référence exacte.

Ce fut à ce moment précis que la lampe explosa.

Non pas dans un bruit de verre brisé, mais dans un silence qui absorbait tous les sons environnants comme une éponge absorbe l'eau — un silence actif, voracement vide, qui n'avait pas sa place dans un sous-sol parisien. Puis la lumière revint, mais ce n'était plus la même lumière : elle était blanche là où elle avait été jaune, totale là où elle avait été ménagée, et elle ne venait pas de la lampe. Elle venait du manuscrit.

Étienne eut juste le temps de penser — avec le réflexe pavlovien de l'historien spécialisé qui classe les catastrophes avant de les vivre — que ce phénomène méritait une note de bas de page considérable.

Puis le sol disparut sous lui.

Ce qui se passa ensuite n'avait pas de nom dans aucun manuel d'histoire, ce qui était irritant pour un homme dont la vie entière était organisée autour de la conviction que les événements, une fois compris, cessent d'être terrifiants. La salle d'archives se déchira de haut en bas comme une page trop tendue. Les murs s'ouvrirent non pas vers l'extérieur mais vers un intérieur qui n'aurait pas dû exister — une profondeur impossible, une perspective renversée où les mètres se transformaient en années-lumière sans crier gare. Les étagères tournoyèrent. Les pamphlets jansénistes volèrent en spirale dans une direction que nulle boussole n'aurait pu indiquer. La tasse de café de Marcel décrivit une parabole élégante et disparut dans ce qui ne pouvait être décrit, faute de meilleure option, que comme un trou dans le tissu du raisonnement.

Étienne serrait le manuscrit contre sa poitrine avec un instinct de conservation qui l'honore, même si l'on peut se demander si, dans les circonstances, un autre homme n'aurait pas fait l'inverse et lâché le document maudit en se précipitant vers la sortie. Mais Étienne Valmont n'était pas n'importe quel homme. Il était le genre d'homme qui, face à l'inexplicable, serre d'abord ses notes.

Il emportait aussi son carnet — un petit Clairefontaine à couverture cartonnée noire, rempli de son écriture serrée et ornée de diagrammes de formations militaires du dix-septième siècle — et c'est à cette circonstance que l'on doit, dit-on, la rigueur avec laquelle les événements qui suivirent furent ultérieurement documentés.

Il tomba.

Pas vers le bas — vers ailleurs. La chute durait à la fois une fraction de seconde et ce qui semblait être la durée complète de la guerre de Trente Ans, et pendant toute sa durée, le nom qu'il avait lu sur le manuscrit brûlait derrière ses yeux comme un sceau imprimé dans la rétine.

Puis il atterrit.

Le premier sens qui lui revint fut l'ouïe, et ce qu'il entendit le dérouta suffisamment pour que la douleur dans ses coudes et ses genoux reste un phénomène secondaire pendant les quelques secondes suivantes.

Il entendait des sabres.

Pas des pistolets, pas des explosions, pas le grondement indistinct d'une rue ordinaire — des sabres, ce claquement sec et métallique de lame contre lame qui ne ressemble à rien d'autre dans le répertoire sonore de l'humanité, et qu'Étienne reconnut immédiatement parce qu'il avait passé une demi-journée inoubliable dans une salle d'armes de Vincennes à regarder un démonstrateur lui expliquer l'escrime du dix-septième siècle pour les besoins de sa thèse.

Il leva les yeux.

Paris était là — mais pas son Paris.

Même allongé sur les pavés, les coudes en sang et le carnet miraculeusement intact dans sa main, il reconnut la Seine. Elle coulait à sa droite dans le bon sens, dans la bonne direction, avec la même indifférence philosophique qu'elle avait toujours manifestée à l'égard des événements se déroulant sur ses rives. Mais au-dessus d'elle, là où auraient dû se dresser les toits d'ardoise et les mansardes de zinc qu'il connaissait par cœur, s'élevait quelque chose qui ne figurait dans aucun de ses plans historiques.

Des tours d'une blancheur de nacre montaient à des hauteurs que les nuages refusaient d'atteindre, et leurs sommets disparaissaient dans un ciel qui n'était pas entièrement un ciel — un ciel dans lequel des lumières se mouvaient avec la régularité délibérée d'étoiles qui avaient décidé de descendre d'un étage. Des ponts en arceau enjambaient non seulement la Seine mais l'air lui-même, reliant des bâtiments à des distances qui auraient dû rendre tout pont structurellement absurde, et cependant ils tenaient, courbes et lumineux, comme des phrases bien construites. La pluie tombait — une pluie froide, de mars, absolument fidèle à la pluie parisienne d'Étienne — mais elle scintillait légèrement, comme si chaque goutte portait en elle un résidu de lumière stellaire qu'elle n'avait pas encore tout à fait évacué.

Il se remit debout. Ses genoux protestèrent avec l'éloquence caractéristique des genoux qu'on vient de jeter sur des pavés. Il ne leur prêta qu'une attention partielle.

L'odeur de la rue le frappa ensuite : de l'ozone, de la pierre mouillée, une note métallique qui ressemblait à ce qu'on imagine que l'espace sent si l'on n'est jamais allé dans l'espace, et en dessous de tout cela, étonnamment, du pain chaud — une boulangerie ouverte, quelque part, imperturbable devant la fin du monde connu d'Étienne Valmont.

Et puis il y avait le duel.

Ils étaient cinq, à quinze mètres de lui sur le boulevard rendu brillant par la pluie. Quatre contre un, ce qui n'était pas, de mémoire d'historien militaire, la configuration la plus scrupuleusement honorable qui fût. Les quatre portaient des uniformes qu'il n'avait jamais vus — noirs, avec des découpes qui semblaient laisser passer la lumière de façon géométrique et délibérée, des masques qui ne cachaient pas leur identité mais semblaient amplifier quelque chose d'autre, quelque chose qu'Étienne ne saurait nommer que bien plus tard. Ils se mouvaient avec la cohérence d'une formation entraînée, prenant du terrain en arc de cercle sur leur unique adversaire.

L'adversaire n'était pas en difficulté. Pas encore.

C'était une femme.

Étienne mit un moment à comprendre ce qu'il voyait — non pas parce qu'il aurait eu quelque raison d'être surpris par l'existence d'une femme en état de combattre, mais parce que la façon dont elle combattait débordait des catégories que cinq années d'histoire militaire lui avaient fournies. Elle se battait avec deux lames courtes, légères, et son style avait quelque chose du dix-septième siècle qu'il reconnaissait — économie de mouvement, angles imprévisibles, une habitude de laisser l'adversaire commencer pour mieux refermer le piège — mais aussi quelque chose d'entièrement autre, d'entièrement présent, comme si elle avait absorbé toutes les escoles d'armes de l'histoire et en avait extrait ce qui survivrait à la gravité, au temps et aux circonstances cosmiques.

Elle était grande. Ses cheveux sombres ruisselaient sous la pluie, collés à une veste de cuir bleu nuit qui portait les insignes d'un grade qu'Étienne ne pouvait pas encore déchiffrer. Sa mâchoire était serrée, ses mouvements précis, et son visage avait cette expression particulière que les bons duellistes partagent avec les bons joueurs d'échecs : l'expression de quelqu'un qui a déjà vu la fin de la partie et calcule simplement le chemin le plus élégant pour y parvenir.

Mais ils étaient quatre. Et le quatrième était en train de la contourner par la gauche dans un angle qu'elle n'avait pas vu.

Étienne le vit.

Il n'eut pas le temps d'avoir peur, ce qui était une chance, car la peur aurait vraisemblablement été l'état le plus raisonnable dans les circonstances. Il agit par réflexe — le réflexe, non pas du guerrier, mais du lecteur : celui qui, ayant lu trente fois la relation d'un engagement militaire, finit par reconnaître ses schémas dans le monde réel avec la même immédiateté dérangeante qu'un musicien reconnaît une fausse note.

— Par votre gauche ! cria-t-il — en français, parce que c'était sa langue et que dans les moments de crise, les langues apprises cèdent toujours à la première.

La femme ne leva pas la tête vers lui. Mais elle pivota.

Le quatrième assaillant trouva le vide là où il avait anticipé une ouverture, et la garde fermée là où il avait prévu un flanco découvert. Elle le désarma avec l'efficacité sèche d'une personne qui commence à être légèrement impatientée par la situation, et l'homme alla rejoindre le pavé mouillé à deux mètres d'elle.

Trois restaient. La formation se redressa, recalibra.

La femme releva enfin les yeux vers Étienne.

Son regard dura exactement une seconde, ce qui, dans les circonstances, représentait un luxe considérable. Il était impossible de dire ce qu'elle pensa en une seconde d'un jeune homme debout sur le trottoir, les coudes en sang, serrant contre sa poitrine un vieux manuscrit et un carnet à couverture noire, regardant une rue de Paris-Cosmos comme un touriste aurait regardé Pompéi avant l'éruption — avec un mélange d'admiration, d'incrédulité et d'une curiosité qui, dans les deux cas, était manifestement inadaptée à la situation immédiate.

Ce qu'elle dit, d'une voix claire et précise comme un coup d'épée :

— Restez où vous êtes et ne faites rien d'utile.

— C'était un ordre ou une évaluation ? demanda Étienne.

Elle avait déjà détourné les yeux, reprenant les trois assaillants restants dans son champ de vision avec la concentration d'une femme qui avait décidé de différer cette conversation particulière à plus tard, dans la mesure où plus tard existerait.

Ce qui se passa ensuite, Étienne le regarda avec l'attention étrange et légèrement dissociée de quelqu'un dont le cerveau a décidé, face à un excès de réalité, de prendre des notes mentales plutôt que de paniquer — une décision qui, à la réflexion, était entièrement conforme au personnage.

Les trois hommes l'encerclèrent. Elle laissa le cercle se fermer, ce qui lui parut à la fois courageux et délibérément calculé, comme si elle attendait quelque chose. Il pensa à ce qu'il avait lu une douzaine de fois sur les duels réglés du dix-septième siècle, sur la façon dont les maîtres d'armes enseig­naient à leurs élèves que le danger de l'isolement apparent était que l'adversaire choisissait parfois de le provoquer — parce que l'isolement appelait l'adversaire à se rapprocher, et que la proximité était le seul terrain sur lequel une lame courte battait deux lames longues.

Elle était en train de les appeler vers elle.

Et puis quelque chose changea dans l'air — quelque chose qu'Étienne perçut d'abord comme une chaleur, puis comme une lumière, puis comme les deux simultanément dans une proportion qui n'avait pas de précédent dans les annales de la physique qu'il connaissait. Ses paumes s'illuminèrent.

Pas métaphoriquement. Pas avec la lumière ténue d'une montre à cadran lumineux. Avec la lumière franche, brûlante, absolument réelle d'une étoile miniature qui aurait décidé de tenir dans deux mains humaines.

La pluie s'évaporait à trente centimètres d'elle dans un cercle parfait. La vapeur montait en vrilles blanches dans le noir de la rue. Les trois assaillants reculèrent d'un pas — un seul pas, le pas involontaire d'un corps qui comprend le danger avant que l'esprit ait formulé sa question.

Elle frappa les deux du centre avec une précision qui aurait été chirurgicale si les chirurgiens travaillaient avec de la lumière solaire concentrée. Le troisième prit la fuite. Elle le laissa partir, ce qui lui sembla être à la fois généreux et tactiquement astucieux — un homme qui fuit est un homme qui rapporte, et un homme qui rapporte livre des informations.

Le silence revint, relatif et mouillé. La pluie reprit ses droits sur le boulevard.

Elle se retourna vers Étienne.

Il y avait dans son expression, à présent que le combat était terminé et qu'elle disposait de l'espace mental pour avoir des expressions, quelque chose qui oscillait entre la méfiance professionnelle et une curiosité qu'elle semblait peu disposée à admettre. Elle le regarda de haut en bas — les genoux abîmés, le manuscrit serré contre la poitrine, le carnet, le stylo-bille encore coincé derrière l'oreille droite.

— Qui êtes-vous ? dit-elle.

— Étienne Valmont, dit-il. Doctorant en histoire du dix-septième siècle, Université de Paris-Sorbonne. Je me spécialise dans les réseaux de financement des compagnies franches sous Louis XIII, ce qui, j'en conviens, n'est pas immédiatement pertinent dans les circonstances, mais qui explique pourquoi j'ai reconnu votre formation de flanc et pourquoi j'ai remarqué que votre quatrième adversaire utilisait une technique documentée dans le Manuel de Liancourt de 1686.

Un silence.

— Et d'où venez-vous ? dit-elle, avec une inflexion qui suggérait que la réponse Université de Paris-Sorbonne avait cessé d'être satisfaisante avant même d'être prononcée.

Étienne regarda le boulevard, les tours de nacre dans la pluie, les lumières qui se mouvaient dans le ciel comme des étoiles ayant pris des décisions personnelles.

— Je viens, dit-il lentement, d'un endroit qui ressemble à cette rue, mais sans les ponts aériens, sans les lumières dans le ciel, et sans la physique qui vient de se passer dans vos mains.

Elle plissa légèrement les yeux.

— Et vous êtes arrivé comment ?

— Par un manuscrit, dit Étienne.

Il le regarda. Il le tenait encore. Les pages, aux extrêmes bords, avaient roussi — légèrement, proprement, comme si elles avaient été effleurées par quelque chose de précis et d'inévitable. Le nom qu'il avait lu était toujours là, sur la page ouverte, toujours aussi impossible, toujours aussi réel.

— Par un manuscrit, répéta-t-elle. Elle dit cela avec le ton de quelqu'un qui a décidé de réserver son jugement sur l'état mental de son interlocuteur jusqu'à ce que davantage de données soient disponibles. Elle rangea ses deux lames avec le geste économe d'une personne dont le corps sait exactement où sont ses armes même quand l'esprit pense à autre chose. Suivez-moi.

— Où allons-nous ? demanda Étienne.

— Là où on pose les questions à des gens qui ont des réponses.

— Et si je n'ai pas de réponses ?

— Alors, dit-elle en commençant à marcher sous la pluie, vous serez le premier historien de ma connaissance à en être dépourvu.

Étienne considéra cette remarque un instant. Il y avait dedans quelque chose qui ressemblait à une forme de respect déguisé en insulte, ce qui était, il s'en avisa, une façon de commencer une relation entièrement cohérente avec ce que la suite aurait pu laisser prévoir, si l'un ou l'autre avait été dans la disposition d'esprit de prévoir quoi que ce soit ce soir-là.

Il referma le manuscrit. Le nom brûlait encore sous ses doigts — non pas de chaleur physique, mais de la chaleur particulière des vérités qu'on n'aurait pas dû trouver et qu'on ne peut désormais plus remettre en place.

Il suivit la femme qui avait tenu une étoile dans ses mains.

La pluie de Paris continuait de tomber sur un Paris qu'aucun de ses livres ne lui avait appris à lire, et Étienne Valmont, doctorant en histoire militaire du dix-septième siècle, marchait dans ses rues pour la première fois, le carnet ouvert, le stylo prêt, avec la certitude absolue et légèrement terrifiante que ce qu'il était en train de vivre venait de cesser d'appartenir au passé.

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Chapter 1 — The Manuscript That Burned with Aramis's True Name — Les Mousquetaires de l'Infini | GenNovel