Il était l'heure la plus creuse de la nuit — cette heure sans nom qui se tient entre minuit et l'aube comme un homme debout entre deux guerres, n'appartenant ni à l'une ni à l'autre — lorsque le messager frappa à la porte de la cellule où l'on gardait Edran Valterre.
Non pas frappa : gratta. Deux coups discrets, presque honteux, le bruit que font les doigts qui voudraient bien ne pas être là.
Edran ne dormait pas. Il n'avait pas dormi depuis deux nuits, non par terreur — la terreur suppose une espérance que l'on voit s'éloigner, et Edran avait depuis longtemps cessé de calculer l'espoir comme on calcule les distances — mais parce que l'injustice, quand on est constitutionnellement incapable de l'accepter, ronge le sommeil comme le gel ronge le mortier. Il avait passé ces deux nuits assis sur le bord de sa couchette, les coudes sur les genoux, à regarder sans les voir les pierres du mur d'en face. Ces pierres étaient grises. Elles ne lui disaient rien qu'il ne sût déjà. Il les regardait quand même, parce qu'on regarde quelque chose quand on ne peut pas regarder la vérité en face — non par lâcheté, mais parce que la vérité, certaines nuits, est trop vaste pour qu'un seul homme la contienne dans ses deux yeux sans perdre la raison.
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