La nuit du sept novembre sentait la gelée et les feuilles mortes.
Depuis la Grande Salle, les quatre longues tablées bourdonnaient encore du repas du soir — restes de tarte aux champignons, assiettes qui se débarrassaient d'elles-mêmes avec un tintement satisfait, bougies flottant comme une constellation domestiquée sous le plafond enchanté. Ce plafond, ce soir-là, affichait un ciel parfaitement ordinaire : noir, piqué d'étoiles, traversé çà et là par le gras ventre argenté d'un nuage. Les élèves de Poudlard avaient appris depuis longtemps à ne plus s'émerveiller de ce ciel intérieur qui reflétait la météo extérieure avec une fidélité scrupuleuse. On levait les yeux dessus comme on regarde par une fenêtre familière — sans vraiment voir.
C'est pour cette raison que personne, dans la Grande Salle, ne remarqua la comète.
Elle traversa le plafond enchanté de droite à gauche à vingt-deux heures sept précises, laissant derrière elle une traînée d'or pâle qui dura trois secondes avant de se dissoudre comme du sucre dans du thé chaud. Percy Weasley, préfet de cinquième année à la table de Gryffondor, leva brièvement les yeux, nota mentalement qu'il s'agissait probablement d'un phénomène astronomique tout à fait explicable, et retourna à son exposé sur les usages réglementaires de la liqueur de Centaurine.
Dehors, en revanche, il y eut quelque chose de moins explicable.
La pelouse de Poudlard, à cette heure, était une étendue de givre parfaitement silencieuse. La lumière des fenêtres du château tombait en losanges jaunes sur l'herbe blanche, et le lac, au loin, clapotait sourdement contre ses rives invisibles. Les chênes de la Forêt Interdite grinçaient. Un hibou passa, bas et silencieux, chassant quelque chose que personne d'autre ne voyait.
Puis la comète — qui d'ailleurs n'en était pas vraiment une, ou plutôt qui était quelque chose d'un peu plus que cela — amorça sa descente.
Elle toucha le sol avec la délicatesse d'une plume qu'on pose sur une balance. Pas d'explosion. Pas de cratère. Juste un léger sifflement, comme une tasse de thé qu'on retire du feu, et une brève odeur de cannelle et de poussière d'étoile qui se dissipa presque aussitôt dans l'air hivernal. Le givre alentour fondit en un cercle parfait d'environ un mètre de diamètre, révélant l'herbe verte en dessous, encore tiède, légèrement dorée aux extrémités comme si elle avait été effleurée par une lumière très ancienne.
Et au centre de ce cercle, assis en tailleur sur l'herbe, un garçon.
Il avait des cheveux couleur de blé mûr, un cache-nez jaune vif noué avec la désinvolture de quelqu'un qui n'a jamais souffert du froid mais s'habille par habitude, et un manteau qui semblait fait pour un autre climat et une autre planète — ce qui, à strictement parler, était le cas. Il était mince, de cette minceur légère qui appartient aux enfants et aux idées, et son visage, tourné vers le sol à quelques centimètres de l'herbe, exprimait la concentration la plus sérieuse du monde.
Devant lui, un scarabée.
Le garçon l'observait. Le scarabée, pour sa part, semblait hésiter — avancer d'un millimètre, replier une antenne, reconsidérer. Le garçon inclina légèrement la tête. Le scarabée fit de même, ce qui est une chose remarquable pour un insecte.
C'est dans cette posture que le professeur Albus Dumbledore, directeur de l'école de sorcellerie de Poudlard, découvrit le visiteur.
Dumbledore n'était pas homme à se précipiter. Il était sorti du château avec la lenteur tranquille de quelqu'un qui fait une promenade de santé, sa longue robe bordeaux balayant les pierres du perron, ses lunettes en demi-lune perchées au bout de son nez aquilin avec l'air de n'y être que provisoirement. Derrière lui, Minerva McGonagall avançait à une allure sensiblement plus alarmée. Elle avait les lèvres pincées — signe, chez elle, d'une préoccupation qu'elle n'estimait pas encore utile d'exprimer à voix haute.
C'était elle qui avait repéré la comète depuis la fenêtre de son bureau. C'était elle qui était allée frapper à la porte du directeur avec le ton particulier de ses coups — deux frappes nettes, l'intervalle d'une mesure, une troisième — qui signifiait : venez maintenant, mais sans courir, parce que courir serait admettre que la situation nous échappe.
Ils s'arrêtèrent à quelques mètres du garçon.
Il ne leva pas la tête.
Le scarabée, lui, s'immobilisa.
— Bonsoir, dit Dumbledore.
Il dit cela comme il disait à peu près tout — avec la courtoisie tranquille d'un homme qui a tout le temps du monde et se félicite d'avoir pensé à prendre son cache-nez.
Le garçon leva les yeux. Ils étaient d'un bleu clair et singulier, du bleu de certains ciels de fin d'après-midi au-dessus des déserts, et ils regardèrent Dumbledore avec une franchise totale, sans la méfiance ni la curiosité calculée que la plupart des gens de treize ans apportent dans leurs interactions avec les adultes.
— Bonsoir, dit le garçon. Est-ce que vous savez si ce scarabée a de la famille ici ? Il a l'air un peu perdu.
McGonagall ouvrit la bouche. La referma. Jeta un coup d'œil à Dumbledore.
Dumbledore inclina légèrement la tête dans la direction du scarabée et l'examina avec le même sérieux qu'il aurait apporté à un problème de défense contre les forces du mal de niveau avancé.
— Je crois, dit-il, que les scarabées de cette région sont en général assez peu solitaires. Mais il faudrait vérifier. Je suis Albus Dumbledore. Et vous ?
— Le Petit Prince, dit le garçon. De l'astéroïde B-612.
Il dit cela avec la simplicité qu'on met à mentionner une adresse.
Il y eut un moment de silence pendant lequel le vent du lac souleva légèrement les cheveux du garçon, et pendant lequel Minerva McGonagall, femme d'une rigueur encyclopédique qui avait par deux fois refusé la médaille de l'Ordre de Merlin Premier Rang au motif qu'elle s'y était prise trop tôt, renonça silencieusement à chercher dans sa mémoire une section du registre des élèves traitant des arrivées par comète en provenance d'astéroïdes non répertoriés.
— Très bien, dit Dumbledore. Êtes-vous venu de loin ?
Le Prince considéra la question avec soin.
— Cela dépend, dit-il. De la Terre, c'est très loin. Mais de moi-même, je suis toujours à peu près à la même distance.
McGonagall pinça les lèvres un degré de plus.
— Il faut le rentrer, Albus, dit-elle à mi-voix, avec le ton particulier qu'elle réservait aux situations pour lesquelles aucun règlement n'avait été prévu et qu'elle comptait bien réglementer dès le lendemain matin. Il doit avoir froid.
— Pas vraiment, dit le Prince, qui avait l'ouïe fine. Mon astéroïde est beaucoup plus petit. Le froid y est plus immédiat, mais aussi plus honnête. Il ne prétend pas être autre chose.
Il se leva. Debout, il était plus petit qu'on ne l'aurait imaginé — pas petit au sens inquiétant du terme, mais petit de la façon dont certaines choses essentielles sont petites, comme les graines ou les questions importantes. Il épousseta son manteau d'un geste distrait. Le scarabée profita de la diversion pour disparaître dans l'herbe.
— Je cherchais, dit le Prince en suivant des yeux la fuite du scarabée avec une expression de satisfaction tranquille, comme si la chose s'était résolue d'elle-même selon un plan qu'il était seul à avoir suivi. Votre château, dit-il ensuite en tournant vers Poudlard un regard calme, est très grand. Beaucoup plus grand que ce qui est nécessaire pour une seule personne. Combien de gens vivent ici ?
— Quelques centaines d'élèves, dit Dumbledore avec bonne humeur, et un nombre difficile à estimer précisément de fantômes. Sans compter les portraits. Est-ce que vous aimez les portraits ?
Le Prince réfléchit.
— Cela dépend si les gens dans les portraits ont l'air d'avoir vraiment existé, dit-il. Certains portraits donnent l'impression que la personne n'a jamais été tout à fait réelle.
Dumbledore sourit. C'était un sourire particulier — pas le sourire de façade qu'il réservait aux journalistes et aux membres du Ministère de la Magie, mais le sourire intérieur, presque imperceptible, celui qu'il n'arborait que lorsque quelque chose le surprenait vraiment. Cela lui était arrivé peut-être vingt fois en cent onze ans.
— Entrons, dit-il. Minerva, je crois que nous pourrions prévoir une chambre dans la tour de Gryffondor. Dans l'intervalle, notre visiteur aurait peut-être besoin d'une tasse de chocolat chaud.
— De la tisane, si c'est possible, dit le Prince poliment. Le chocolat est parfois trop chargé. Il empêche d'entendre les petites choses.
McGonagall, qui ouvrait déjà la bouche pour signaler que les règlements concernant l'admission de visiteurs non magiques — ou magiques — ou d'une catégorie indéterminée — en provenance de corps célestes non cartographiés exigeraient dans tous les cas l'aval du Ministère, du Conseil des Gouverneurs et probablement d'une commission spéciale, referma la bouche une seconde fois. Elle décida que la tisane pouvait attendre la réunion de demain.
Ils rentrèrent dans le château.
Le Prince marchait entre eux, les mains dans les poches, le regard levé vers les portraits qui bordaient le couloir d'entrée — des visages endormis pour la plupart, qui ronflaient doucement dans leurs cadres dorés. Il ne dit rien, mais il ralentit le pas devant l'un d'eux : un vieux directeur à la barbe jaunie qui dormait seul dans un paysage de montagne sans aucune autre figure alentour. Le Prince l'observa un instant, les sourcils légèrement froncés, avec l'expression sérieuse et délicate de quelqu'un qui reconnaît quelque chose.
Puis il suivit Dumbledore sans faire de commentaire.
Mais Dumbledore avait vu.
La Grande Salle, ce soir-là, était encore à moitié pleine. Le repas était terminé, mais les élèves s'attardaient dans cette heure molle de fin de soirée où l'on repousse les devoirs et où les conversations prennent des tours qui n'auraient pas lieu le matin. À la table de Gryffondor, Harry Potter était assis entre Ron Weasley et Hermione Granger dans une configuration qui était devenue, en quelques mois, aussi naturelle que les marées.
Harry avait onze ans, des cheveux noirs obstinément rebelles et une cicatrice en forme d'éclair au front que tout le monde regardait avant de regarder le reste de son visage. Il s'y était plus ou moins habitué, de la même façon dont on s'habitue à avoir une mouche sur le nez — sans vraiment y parvenir, mais en faisant comme si. Ce soir, il regardait distraitement Ron disposer des pions de jeu d'échecs en formations défensives sur la table pendant qu'Hermione corrigeait un devoir sur les utilisations médicinales de la Mandragore avec la concentration d'une chirurgienne.
— Ce n'est pas comme ça qu'on orthographie « cataplasme », dit-elle sans lever les yeux, en direction de Ron.
— C'est pas mon devoir, dit Ron.
— Non, mais tu as regardé par-dessus mon épaule tout à l'heure et tu as hoché la tête d'un air entendu, ce qui implique une certaine responsabilité morale.
Ron ouvrit la bouche, chercha une réplique, n'en trouva pas et retourna à ses pions.
Harry, lui, regardait la porte de la Grande Salle.
Il ne savait pas pourquoi. Elle était fermée. Rien de particulier ne se passait de ce côté-là de la pièce. Mais quelque chose — ce sens particulier qu'il avait développé à force de grandir dans une maison où l'on ne lui disait jamais rien de ce qui importait — lui disait que la soirée n'était pas tout à fait ordinaire.
Puis les portes s'ouvrirent.
Dumbledore entra le premier, suivi de McGonagall, suivie d'un garçon blond en cache-nez jaune qui regardait les bougies flottantes avec l'expression de quelqu'un qui vérifie que ses hypothèses se confirment.
La salle se tut progressivement, comme une musique qu'on baisse par paliers. Les conversations s'éteignirent de table en table — d'abord les Serpentard, toujours aux aguets de ce qui pourrait avoir une importance stratégique, puis les Poufsouffle, par empathie naturelle envers toute chose insolite, puis les Serdaigle, par curiosité intellectuelle, et enfin les Gryffondor, qui avaient été les plus occupés à parler de tout à fait autre chose.
Le garçon blond traversa la Grande Salle en regardant le plafond.
— C'est votre vrai ciel, dit-il à Dumbledore à mi-voix, mais assez fort pour que les premiers rangs entendent. Quelqu'un l'a mis à l'intérieur pour que personne ne l'oublie.
— Exactement, dit Dumbledore. Vous le savez par déduction ou par intuition ?
— Par les deux, dit le Prince. Ce sont généralement la même chose, je crois.
À la table de Gryffondor, Hermione avait posé son stylo-plume.
Dumbledore s'arrêta devant la table des professeurs, où le Choixpeau — ce vieux chapeau de sorcier brun, miteux, plissé comme une vieille lettre, coiffé d'un air d'en avoir vu d'autres — était posé sur son tabouret avec l'air assoupi de celui qui attend sans vraiment s'y intéresser.
— Je vais te demander quelque chose d'un peu inhabituel, lui dit Dumbledore.
Le Choixpeau, qui n'était pas exactement assorti mais dont la bouche-déchirure s'ouvrit dans ce qui ressemblait à un baillement, dit d'une voix de vieux cuir tanné :
— Tout ce que vous me demandez est inhabituel, Dumbledore. C'est pour ça que je ne m'ennuie jamais vraiment.
Il y eut quelques rires nerveux dans la salle.
Dumbledore se tourna vers le Prince avec un petit geste de la main qui signifiait : si vous le permettez.
Le Prince s'approcha du tabouret et s'assit dessus avec le naturel de quelqu'un qui est habitué à s'asseoir sur des choses de toutes sortes — y compris, par exemple, des astéroïdes. Dumbledore prit le Choixpeau et le posa sur la tête dorée du garçon.
Il tomba presque entièrement sur le visage du Prince. Seul le menton jaune du cache-nez dépassait en dessous.
Puis le Choixpeau se tut.
La Grande Salle attendit.
C'était la chose la plus remarquable : un silence de cette qualité. Pas le silence du manque, ni le silence de l'attente impatiente, mais un silence de la sorte qui s'installe quand quelque chose d'important est en train de se décider et que tout ce qui a une sensibilité suffisante le sait.
Les bougies flottaient sans vaciller. Quelque part dans les poutres du plafond, un hibou pressa ses plumes contre lui.
Harry comptait. Il ne savait pas pourquoi il comptait. Il compta jusqu'à quarante.
Puis le Choixpeau dit, dans un murmure qui portait néanmoins jusqu'au fond de la salle :
— Gryffondor.
Et rien de plus.
Pas de justification. Pas de comparaison des qualités, pas de délibération à voix haute entre ambition et loyauté et bravoure et sagesse, comme il en avait l'habitude. Juste le mot, dit avec quelque chose qui ressemblait — autant qu'un vieux chapeau enchanté peut exprimer quoi que ce soit — à une certaine humilité.
Un battement.
Puis la table de Gryffondor éclata en applaudissements.
C'était le genre d'applaudissements un peu hésitants au début, qui grandissent parce qu'ils ne savent pas très bien quoi faire d'autre, et qui finissent par sembler sincères parce que dans l'intervalle, les mains ont oublié d'être réservées.
Le Prince retira le Choixpeau de sa tête avec précaution, comme si c'était quelque chose de vivant qui méritait qu'on le repose doucement. Il le rendit à Dumbledore, se leva du tabouret et rejoignit la table de Gryffondor d'un pas tranquille, en regardant le plafond une dernière fois.
Il s'assit en face de Harry.
Et Harry, qui avait grandi à côté d'un cousin qui prenait toute la place et dans une maison où l'on apprenait très tôt à ne pas croiser les yeux de qui que ce soit, regarda ce garçon inconnu et reconnut quelque chose.
Il ne savait pas encore quoi. Il ne disposait pas encore des mots pour ça, ou du reste de l'histoire, ou du recul nécessaire pour comprendre qu'on reconnaît parfois, dans les yeux d'un étranger, une forme particulière de solitude qui ressemble à la sienne.
Il savait seulement que le garçon en face de lui regardait les bougies avec l'attention précise qu'on réserve aux choses qu'on ne veut pas oublier, et que cette attention-là lui semblait familière de façon gênante.
— Je m'appelle Harry, dit-il.
— Je sais, dit le Prince. Tout le monde te connaît ici. Mais je crois que tu n'aimes pas ça.
Ce n'était pas une question. Il dit ça comme on dit : il fait froid ce soir, ou : ce scarabée a l'air perdu.
Harry n'eut pas le temps de décider s'il devait être froissé ou soulagé, parce que le Prince se tourna vers Ron et lui demanda avec le même sérieux grave et curieux :
— Le jeu auquel vous jouez avec les petits morceaux de bois — est-ce que les pièces savent qu'elles jouent, ou est-ce qu'elles pensent que c'est leur vie ?
Ron le regarda fixement.
— Les — quoi ?
— Tes fous et tes cavaliers, dit Hermione à voix basse, sans quitter le Prince des yeux. Il veut savoir si les pièces d'échecs magiques sont conscientes. C'est une question tout à fait pertinente en réalité, il y a eu un débat académique là-dessus en 1842 dans la Revue des Enchantements Pensants —
— Est-ce qu'elles souffrent, quand on les sacrifice ? dit le Prince.
Il y eut un silence.
Ron baissa les yeux sur ses pions. Deux d'entre eux — un cavalier et un fou qu'il avait écartés en début de partie — semblaient le regarder depuis le bord de la table avec une expression qu'il n'avait jamais vraiment examinée.
— Je ne me suis jamais posé la question, dit-il honnêtement.
— Non, dit le Prince, avec une gentillesse totale, sans aucun jugement. C'est difficile de poser les questions importantes quand on est au milieu du jeu. Il faut être un peu en dehors.
De l'autre côté de la table des professeurs, Dumbledore, qui avait l'oreille longue, reprit une gorgée de son vin d'airelles avec cet air de quelqu'un qui vient de résoudre un problème qu'il ne savait pas avoir.
McGonagall, à côté de lui, murmura :
— Il n'a produit aucun sortilège, Albus. Pas une étincelle. Sa baguette n'a même pas réagi à la formule d'appariement. Je ne comprends pas comment le Chapeau a pu —
— Ce n'est pas le Chapeau qui l'a choisi, Minerva, dit doucement Dumbledore. Je crois que c'est Gryffondor lui-même. Il reconnaît le courage sous toutes ses formes, y compris les plus tranquilles.
McGonagall frotta ses lèvres ensemble, ce qui était chez elle l'équivalent d'une longue méditation.
— Et la question qu'il vous a posée, dehors ? dit-elle. Sur les baguettes ?
Dumbledore sourit de nouveau avec ce sourire intérieur.
Avant d'entrer dans le château, le Prince s'était retourné une dernière fois vers la pelouse, le ciel, le cercle d'herbe encore tiède dans la nuit froide. Il avait demandé — avec la même légèreté désinvolte qu'il mettait à toutes ses questions les plus importantes : « Une baguette magique — est-ce qu'on peut l'utiliser pour apprivoiser quelque chose ? »
Dumbledore lui avait demandé ce qu'il entendait par apprivoiser.
Le Prince avait dit : « Créer des liens. Faire que quelque chose soit unique pour vous, et vous pour lui. Que l'un ait besoin de l'autre, d'une façon qu'il est impossible d'expliquer à quelqu'un qui ne l'a pas vécu. »
McGonagall avait ouvert la bouche pour expliquer que les charmes d'attachement émotionnel étaient strictement réglementés et que le manuel de troisième année couvrait —
Mais Dumbledore avait dit, très simplement : « Non. Une baguette ne peut pas faire ça. »
Et le Prince avait hoché la tête avec l'expression de quelqu'un qui vérifie une réponse qu'il connaissait déjà.
— Il avait l'air satisfait, d'une certaine façon, dit Dumbledore maintenant, à McGonagall, en reprenant une olive. Comme si la réponse confirmait quelque chose d'important.
McGonagall le regarda.
— Et qu'est-ce que ça confirme ?
— Que la chose qu'il cherche ne peut pas s'apprendre ici, dit Dumbledore. Mais peut-être que la chose dont Poudlard a besoin, elle, ne peut venir que de lui.
Il regardait le Prince qui, de l'autre côté de la salle, avait tiré de sa poche un tout petit dessin — quelque chose avec une fleur et un globe de verre — et l'examinait à la lumière d'une bougie avec l'attention mélancolique de quelqu'un qui vérifie que ce qui compte pour lui est encore en sécurité.
Harry, en face de lui, regardait ce dessin sans rien dire.
La bougie vacilla légèrement.
Au plafond, le ciel de novembre était parfaitement immobile, avec ses étoiles précises et distantes, et personne ne savait lequel des deux garçons, ce soir-là, regardait le plus loin.