On dit que les rois rétrécissent avec l'âge. Non pas que leurs corps se courbent nécessairement ni que leur taille mesurée au mètre diminue — bien que cela arrive aussi, bien que la vieillesse soit en cela comme en tout une créancière sans pitié — mais que l'espace qu'ils occupent dans la pièce se contracte, peu à peu, année après année, comme une peau de chagrin dont chaque souhait exaucé par les courtisans coûte un fragment supplémentaire de substance réelle. Il reste la silhouette. Il reste le trône. Il reste le protocole qui entoure l'homme d'une coquille si épaisse que personne ne peut plus distinguer si l'intérieur en est encore habité.
Obert Valian avait été grand. Cela mérite d'être dit, et nous le disons franchement, car nous ne sommes pas de ceux qui répugnent à reconnaître la grandeur parce qu'elle a fini par se gâter. Il avait été grand comme les vieux chênes sont grands avant que le bois commence à pourrir de l'intérieur — avec cette majesté pleine et pesante qui n'a pas encore annoncé sa propre ruine, qui tient encore, qui impose encore le respect à celui qui passe dessous. La campagne contre la Maison Ferrath, vingt ans passés, avait été l'œuvre d'un homme de génie militaire authentique : trois batailles gagnées contre une supériorité numérique humiliante, une négociation conduite dans la nuit du dernier bivouac avec la précision froide d'un horloger reconstituant un mécanisme brisé. On racontait — et ce n'était pas une légende, ou pas entièrement — qu'il avait dicté les termes de la capitulation debout dans la boue jusqu'aux genoux, blessé à l'épaule, avec dans les yeux quelque chose que ses ennemis avaient reconnu, à leur corps défendant, comme de la justice.
C'était il y a vingt ans.
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