Il y a des murs que l'on bâtit pour arrêter les hommes, et des murs que l'on bâtit parce que l'on a peur de nommer ce qu'il faudrait arrêter. Le Grand Rempart d'Arvandor appartient à la seconde catégorie, bien que ceux qui l'ont érigé — il y a combien de siècles, les historiens ne s'accordent pas — aient certainement préféré croire à la première. Deux cent pieds de glace bleue et de pierre noire, sept cents lieues d'est en ouest, du bord de la mer gelée jusqu'aux montagnes qui n'ont pas de nom parce que nul cartographe n'est jamais revenu pour en décider un. Un mur. Le mur du monde. Et derrière lui, selon les traités officiels conservés dans les archives de Solduine — archives consultées, notons-le, par des hommes qui n'ont jamais approché ce mur à moins de quatre cents lieues — derrière lui, selon ces traités, rien. Des forêts. Du froid. De l'espace vide que la civilisation n'avait pas encore daigné remplir.
De l'espace vide.
C'est cela que Jon Valterre avait devant lui quand il prêta serment à la Fraternité des Gardiens, par un matin de janvier si clair et si coupant que le ciel paraissait avoir été lavé à l'eau de glace et tendu à sécher entre les étoiles : de l'espace vide, et le sentiment précis, inexplicable, irrationnel — donc probablement vrai — que l'espace vide le regardait.
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