On ne sait jamais à quelle heure commence véritablement une journée dans les entrailles d'un palais. Les horloges à cadran d'or qui ornent les couloirs des seigneurs sonnent les heures avec la satisfaction sereine de ceux qui n'ont aucune raison de se lever avant elles. Mais en dessous, dans le royaume souterrain qui fait tenir debout toute cette magnificence — les cuisines, les buanderies, les caves à charbon, les corridors de service où les torches fument faute d'entretien —, la journée commence quand la nuit n'est encore qu'à moitié usée, et nul ne pense à la sonner.
Maren s'éveilla à l'heure qu'elle appelait intérieurement l'heure des os — ce moment de la nuit profonde où le froid des dalles de pierre remonte par les semelles et le dos de quiconque a le malheur de dormir sur une paillasse trop mince, et où le corps tout entier semble prendre conscience de lui-même non comme d'un instrument de vie mais comme d'une liste de douleurs sommairement inventoriées. Elle avait trente-quatre ans. Elle en accusait cinquante sous la lumière des chandelles.
Elle n'avait pas besoin qu'on la réveille. Son corps depuis vingt-cinq ans connaissait son emploi du temps mieux que n'importe quelle cloche de palais. Elle s'assit, posa les pieds sur les dalles avec la résignation experte de ceux qui ont appris depuis longtemps que rien ne change le fait qu'il fasse froid, et commença à s'habiller dans l'obscurité — sa jupe brune, son tablier gris, son caraco rapiécé aux coudes, et par-dessus tout cela ce châle de laine filée que sa mère lui avait laissé et qui sentait encore, certains matins, quelque chose qu'elle ne pouvait nommer sans que les larmes lui montent — une odeur de feu de bois, de sueur propre, de vie ordinaire et irremplaçable.
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