Le calme s'installa progressivement, comme une anesthésie.
Valmiran l'enregistra d'abord comme un fait mécanique : le roulis de l'Aurore, ce balancement souple et régulier qui avait accompagné chaque heure de leur voyage depuis les Açores, cessa dans l'après-midi du vingt-deuxième jour avec la discrétion d'un métronome qu'on arrête d'une main. Les haubans cessèrent leur conversation habituelle avec le vent. L'horizon se durcit en une ligne droite et absolue. La mer, sous le soleil déclinant, devint quelque chose que le mot mer ne suffisait plus tout à fait à désigner — une surface, plutôt, un plan d'une horizontalité si parfaite qu'il évoquait non pas l'eau mais le verre, ou davantage encore le plomb fondu que Gwen avait décrit un soir en cherchant un vocabulaire pour expliquer comment, dans certaines conditions, un métal peut ressembler à un liquide pensif.
Valmiran nota dans son carnet : *Calme plat. Vingt-deuxième jour. Latitude approximative 10° Sud, longitude en cours de vérification avec Voss. Vent nul. Hauteur de houle : inférieure à quinze centimètres. L'Aurore ne tangue plus. Gwen a dit ce matin que l'engine room sonnait différemment quand la mer était comme ça — "comme si le moteur écoutait". Note : demander à Voss si phénomène récurrent.*
Create a free account to unlock all chapters. It only takes a few seconds.
Sign In FreeCreate your own AI-powered novel for free
Get Started Free