La nuit où Edmond Valterre sortit des appartements du roi, Céliane de Morhen n'était pas endormie.
Elle ne dormait presque jamais avant la quatrième heure. C'était une habitude contractée dans l'enfance, dans le château de son père où les portes n'avaient pas toutes de verrous, et qu'elle avait conservée à Veldris par choix plutôt que par nécessité — car ici, dans ces appartements dont elle avait fait refaire toutes les serrures dès le premier mois de son mariage, personne n'entrait sans qu'elle l'eût décidé. Mais l'éveil était devenu, avec les années, une forme d'intelligence. La cour dormait. Elle, non. Et la cour ne savait pas ce qu'elle manquait, dans ces heures où les chandelles achèvent leur course et où les langues se délient dans l'obscurité, ce que l'on peut apprendre, ce que l'on peut décider, ce que l'on peut construire en silence pendant que les puissants rêvent de leur propre grandeur.
Elle était assise à sa coiffeuse, non pour se regarder — le miroir était couvert d'un linge depuis une semaine, une coquetterie à rebours dont elle n'avait pas jugé utile d'expliquer la raison à ses dames de compagnie —, mais parce que c'était là que se trouvait son secrétaire de marqueterie, et dans ce secrétaire, une liasse de petits papiers pliés en quatre qu'elle dépliait et lisait l'un après l'autre avec le calme d'une femme qui inventorie ses provisions pour l'hiver.
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