Le lendemain matin, Benali avait apporté des gâteaux secs dans une boîte en fer-blanc. Il les a posés sur le coin du bureau sans rien dire, comme une offrande à un dieu dont on n'attend pas de réponse. J'en ai pris un par politesse. Il avait le goût de rien, ou plutôt d'une chose que j'ai oubliée avant de l'avoir identifiée.
La journée s'est passée ainsi. Manifestes de déchargement pour la Compagnie Giraud, un bordereau d'entrée en douane pour un chargement de ciment venu de Marseille, trois formulaires de transit que j'ai copiés à la main parce que la liasse carbone était épuisée et que Tessier seul savait où il rangeait les réserves. J'ai trouvé les réserves dans le troisième tiroir du bas, sous une chemise verte qui contenait des relevés de 1958. Tessier avait une façon à lui d'organiser les choses, fondée sur une logique que je ne reconnaissais pas et que je ne cherchais pas à reconnaître. Je me suis adapté. Ce n'était pas difficile.
Le ventilateur tournait avec son léger décalage, une vibration infime sur le deuxième temps de chaque rotation. Je m'y étais habitué au point de ne l'entendre qu'au moment où il s'arrêtait, parfois, quand la tension du bâtiment baissait entre midi et deux heures. Ces minutes de silence avaient une texture différente du reste. Pas désagréable. Simplement différente.
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